
Courrier International sortait en décembre un numéro Spécial consacrant un dossier au phénomène des Hispters, en couverture. Mark Greif, exégète du mouvement et auteur de l’article explique qu’ »il y eut d’abord les hipsters blancs, au début des années 2000. Puis les verts, plus écolos. Ces derniers temps, la tribu est devenue planétaire ».
Je vous invite à découvrir ici un extrait de l’article qui présente cette tribu, d’origine outre atlantique qui aujourd’hui a envahi l’ensemble des capitales et dicte et établit les nouvelles règles de la branchitude. Mouvement culturel? Nouvelle classe sociale, économique et idéologique à elle-même? Version jeune des Bobos, les Hispters intriguent, fascinent, interrogent, influencent et échappent à toute définition parfaite. Philip Corbett, le grammairien du New York Times faisait remarquer, au mois d’août 2010, que le terme avait été employé plus de 250 fois au cours de l’année précédente…
Micro-phénomène? Nouveau courant de culture jeune, le hipster est un pionnier, un early adopter qui fait et crée les tendances. Une communauté élevée à la culture de Vice, un mystère à percer pour le les marketeurs, les meilleurs amis des chercheurs de tendances.

L’exemple nord-américain est incontournable, car c’est là qu’apparaît pour la première fois ce mouvement culturel, qui s’est aujourd’hui propagé aux quatre coins du monde. D’un point de vue démographique, les hipsters sont la version jeune des bobos. Les hipsters sont généralement blancs, détiennent un diplôme universitaire, et profitent des privilèges auxquels sont habitués les cols blancs. Les bobos, qui ont entre 30 et 40 ans, sont des gens occupés à faire leur nid. Ils ont acquis un appartement dans un ancien quartier ouvrier, dont ils font restaurer les finitions d’origine et qu’ils meublent d’appareils électroménagers chers d’un style moderne et kitsch. Les hipsters, eux, ont toujours 20 ans. Leur hédonisme se met plutôt en scène dans la rue et sert à contrebalancer l’infériorité temporaire de leur statut social par rapport à celui des bobos. Ils affichent crânement leur jeunesse et jouent de leur insouciance à l’excès. Pourtant, les hipsters ne proviennent pas seulement de la classe des propriétaires, qui achètent du prêt-à-porter « cool ». On en trouve également qui sont employés de services, qui créent ces vêtements, ou bien qui les vendent. Le bobo, en revanche, ne partage rien avec l’entrepreneur et l’ouvrier qui rénovent son appartement(…). Nous autres, habitants de l’Amérique urbaine, savons pourtant parfaitement ce que « hipster » signifie - en tout cas, nous devrions le savoir. Ce terme est défini de manière claire depuis dix ans ; le seul problème, c’est qu’il a de multiples acceptions.

Depuis dix ans, « hipster » est l’insulte de prédilection que se jettent à la figure des rivaux évoluant dans le même domaine à la mode. »Deux hipsters furieux se traitent mutuellement de ‘hipster’ » - ce titre de l’hebdomadaire satirique The Onion résume on ne peut mieux les choses. Ainsi donc, le mot était à l’origine une insulte. Pourtant, aucun autre terme ne désigne aussi bien le nouveau courant de culture jeune que l’on peut observer dans certains quartiers à travers le monde. Le hipster n’est pas comme l’artiste ou l’homosexuel d’antan - le créateur blanc, de classe moyenne, chassé des quartiers bourgeois vers les quartiers populaires par l’indifférence ou la persécution -, qui protestait lorsque les promoteurs immobiliers et les bobos se jetaient sur les zones « assainies ». Non, le hipster est un pionnier, et à ce titre il prépare le terrain pour le promoteur. C’est un pseudo-résistant pour qui la collaboration n’a guère de signification, parce qu’il n’a rien contre l’idéal du commerce. Bien au contraire, le commerce, c’est justement le domaine dans lequel il veut conserver une légère avance, de manière à pouvoir affirmer son bon goût.
Dans sa forme la plus extrême, le mouvement hipster serait la première contre-culture - inspirée du modèle antiautoritariste des hippies et des punks - à procéder du néolibéralisme, cette infâme tendance à prôner la redistribution des richesses vers le haut. Les valeurs hipsters promeuvent sans en avoir l’air une politique réactionnaire, se cachant derrière une rébellion de mascarade, derrière le masque du « vice » (un mot-clé du vocabulaire hipster) ».
Un dossier à retrouver dans son intégralité sur le site de Courrier International, dans l’espace abonné: ici
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